A la Maison du Peuple
Saint-Gilles

26 juin 2009 - 20:15

Chostakovitch
Musiques klezmer et juive

Isabelle Roeland-soprano
Céline Lory-piano
Igor Semenoff-violon
François Deppe-violoncelle
Stephane Ginsburgh-piano

Infos et réservations: 02 534 56 05
Entrée: 6/10€

Suivi de
Krupnik
Le 28 juin 2009 - 20:15
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Chostakovitch et la musique juive

En pleine période d'antisémitisme soviétique, Chostakovitch écrit plusieurs oeuvres influencées par la musique juive. Frans C. Lemaire, auteur des ouvrages le Destin russe et la musique et le Destin juif et la musique, nous expose les origines et les raisons d'un tel intérêt, et qualifie le compositeur de cas unique dans l'art russe.

Extrait d'une interview de Franz Lemaire par Benjamin Grenard

Bien que n'étant pas juif, Chostakovitch s'est beaucoup intéressé à la musique juive. Un certain nombre de ses oeuvres reprennent ainsi des éléments de musique klezmer. Mais qu'en est-il, à ce moment là en URSS, de la musique juive à proprement parler ?

À ce moment là, la musique juive est occultée. Après la révolution de 1917, à une époque où tout était possible, il y a eu une espèce d'école nationale judéo-russe, saluée comme un des éléments les plus intéressants de renouveau, mais cela n'a pas duré plus d'une vingtaine d'années. Quoi qu'il en soit, la dissolution des groupes klezmer intervient dans les années 1930. Tout ce qui est expression d'un nationalisme autonome, légèrement teinté d'individualisme, est alors persécuté. La musique klezmer spécifique est considérée comme inopportune. La preuve en est qu'en 1938, un ordre vient de Moscou à l'Institut de musique juive alors sur le déclin, demandant de réaliser trois disques de musique klezmer pour avoir un témoignage d'un genre disparu ; il faut alors repêcher des anciens musiciens klezmer dans des orchestres d'opérette. Plus tard, en 1949, on interdit même toute manifestation de culture yiddish, y compris l'impression de journaux dans cet idiome.

On a coutume de prendre le 2e trio avec piano, de 1944, comme premier exemple de l'influence juive sur Chostakovitch, mais des musicologues semblent avoir repéré des emprunts dès les années 1930. Quand l'intérêt de Chostakovitch pour la musique yiddish naît-il ?

En effet, on ne peut dater précisément le début de son intérêt pour la musique juive. Ce qui est certain, c'est qu'à partir de 1934, Chostakovitch enseigne au conservatoire de Leningrad. Il a alors deux élèves juifs, Benjamin Fleischmann et Yuri Levitin. Il propose au premier, en guise de travail de fin d'études, d'écrire un petit opéra sur le Violon de Rothschild, une nouvelle de Tchekhov basée sur l'histoire d'un groupe de musiciens klezmer. Mais pendant la guerre, en 1941, Fleischmann meurt sur le front de Léningrad. Deux années plus tard, Chostakovitch se penche sur le Violon de Rothschild, composé presque entièrement mais avec seulement l'accompagnement pour piano, et décide, par sympathie et à la mémoire de son élève, d'achever l'opéra, chose qu'il fait probablement au début de 1944, avant la composition du 2e trio. Or, le Violon contient de la musique klezmer typique. Chostakovitch a donc notablement découvert ce type de musique à travers l'opéra de Fleischmann.

Une autre source probable réside dans le travail réalisé par Moshe Beregovski, musicologue ukrainien qui a collecté des mélodies juives, dont un premier volume est publié en 1934. Beregovski finissant par faire quelques années de goulag, le second volume ne fera pas l'objet d'une publication soviétique mais américaine, des années plus tard. Or, le musicologue présente ses travaux de recherche au conservatoire de Léningrad, devant un jury dont fait partie Chostakovitch.

Quoi qu'il en soit, en 1944, Chostakovitch écrit le 2e trio à la mémoire de son ami Sollertinski. Survient alors la découverte par l'Armée rouge du premier camp d'extermination nazi, à Majdanek. À l'époque, cela paraît tellement incroyable que la BBC ne veut pas retransmettre le reportage de son correspondant. Chostakovitch est alors très impressionné par les photos parues dans la presse soviétique et c'est précisément à ce moment là, en août, qu'il écrit le finale du 2e trio, en reprenant deux thèmes juifs. Cette oeuvre est la première de ses compositions où apparaît véritablement de la véritable musique klezmer.

L'intérêt de Chostakovitch pour la musique juive se concentre donc essentiellement sur la musique klezmer ?

Oui, davantage sur la musique instrumentale que sur le chant. Certains emprunts peuvent avoir pour origine un chant yiddish, mais il s'agit plutôt de musique klezmer. On peut en retrouver une identification très précise dans la danse du mariage du Violon de Rothschild, dont j'ai d'ailleurs retrouvé les origines dans un enregistrement très ancien de musique juive de 1905 ou 1912.

Le musicologue Franz Lemaire est l'auteur aux éditions Fayard de Le destin juif et la musique


Production le Bureau des Arts asbl
En collaboration avec le Service de la Culture de Saint-Gilles
Avec le soutien du Service Musique de la Communauté française
Article 27 - Pianos Maene
Avec l'Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB)