Etrange Thé
Spectacle de et par Céline Lory
Autour d’un thé, raconter l’étrangeté.
Autour d’un thé, mi-anges, mi-êtres partagent d’étranges chefs d’œuvres.
Si tu es étrange quand tu parles
Sois ange quand tu chantes
Une femme, seule en scène, parle à des êtres absents et parle d'eux. Elle cherche ce dialogue pour créer des liens dont l’absence est accentuée par la disparition, elle cherche la matière là où la mort la décompose. Elle se découvre élément, constat de tristesse qui se transformera petit à petit en joie. Mort et vie, tristesse et joie, oppositions par la pensée commune que l’expérience à pleines mains vient mettre à néant.
Ce dialogue recherché, creusé se crée au départ par la rencontre de poètes hongrois dont le rapport à la vie s’exprime en lien avec leur rapport à la mort. Par la suite, cette femme donnera libre cours à sa propre poésie, à ses pensées peuplées. Cette libération se fera tant par la voix de son corps que par celle du piano.
En travaillant Musica Ricercata de György Ligeti, il m’est apparu que cette œuvre était la moins pianistique possible. Le corps en tant qu’instrument percussif et la voix en sont les principaux éléments, même si, in fine, le piano en est l’instrument « d’exécution ». C’est pourquoi l’idée de la transposer m’est venue afin de faire entrer le spectateur dans le monde musical de Ligeti. Quelques éléments de cette œuvre sont donc à la base de la mise en scène de textes .
Le choix des œuvres n’a pas fait l’objet d’une réflexion a priori sur les similitudes entre mes textes, Liszt et Ligeti : l’idée d’associations libres, que le public est invité à faire, dans sa part de créativité, me semble intéressante : trop de sens nuit au sens, celui que le public peut créer. Ce n’est donc que tardivement que le lien entre le thème du spectacle et les œuvres s’est réellement révélé, c’est-à-dire une recherche de lien…
Le trait d’union entre Liszt et Ligeti est la pièce VII de Musica Ricercata, qui pourrait être l’œuvre d’un Liszt moderne. Par contre, Dans les bois et Au bord d’une source de Franz Liszt sont des havres de paix qui encadrent la dureté de la plupart des pièces de Musica Ricercata, à l’image du vingtième siècle que Ligeti, contrairement à Liszt, a traversé.
A propos d’ Attila József et d’Endre Ady
C’est par la musique de György Ligeti que j’ai découvert la poésie hongroise (Sándor Weöres en particulier). Elle ne jouit malheureusement pas d’une grande notoriété : la dernière anthologie qui lui est consacrée en langue française date de 1962…
Attila József (1877-1919), poète hongrois, est un personnage atypique notamment dans son rapport avec le peuple : le poète partage avec lui une cause commune tout en gardant une certaine distance pour protéger sa singularité. Son œuvre mêle sa souffrance personnelle à celle du prolétariat de la fin du XIXième siècle.
Le poème Ma Mère d’Attila József renferme tous les sentiments suscités par la disparition d’un être aimé : culpabilité de ne pas l’avoir vu dans sa totalité, tristesse de cette vie toujours un peu manquée, reproches envers un monde extérieur toujours trop froid, retour en arrière et regrets de ne pas avoir assez exprimé ses sentiments.
Endre Ady (1905-1937) est un Hongrois qui, à l’instar de Liszt, vécut à Paris. Son écriture se construit autour de visions fortes telles que « ce n’est pas moi qui crie, c’est la terre qui gronde » ou « HOMME DANS LA NON HUMANITE».
Les images de Souvenance d’une nuit d’été d’Endre Ady évoquent celles de ces nuits où quelque chose se pose, où les mots viennent brusquement se délivrant d’un silence trop long, où une vision du monde se confond avec la folie, celle que l’on ressent quand on regarde de trop près son humanité, par exemple en s’approchant de la mort.
Interprète, pianiste et récitante : Céline Lory
Voix off : Lara Cowez, Stephane Ginsburgh
Textes de Céline Lory, Endre Ady et Attila Jozsef
Musique de G. Ligeti et F. Liszt
Coproduction pour la création : le Théâtre Poème et le Bureau des Arts a.s.b.l.
Représentations:
-Création en août 2006 au Festival "Scènes à Seneffe"
-Les 2 et 3 mars 2007 à la Maison Pelgrims de Saint-Gilles